Isabelle MASSIEU

Historiques, Portraits

Isabelle MASSIEU fut la première occidentale à se rendre, non seulement au Laos, en 1897, mais dans bon nombre de contrées lointaines de l’Inde, de l’Asie, de la Chine…

Née BAUCHE le 3 avril 1844 à Paris, Isabelle épousa Jacques Alexandre Octave MASSIEU, un avocat du Conseil de l’Ordre de Caen. Elle s’adonna à la photographie et sa qualité de femme mariée lui apporta une liberté qu’elle n’aurait sans doute pas pu acquérir en restant jeune fille dans cette deuxième moitié du XIXème siècle* : celle des voyages où elle accompagna son époux, découvrant ainsi l’Europe et le Moyen-Orient. Passée la cinquantaine, elle accéda au statut de veuve et fut, de ce fait, autorisée par les lois et les convenances de l’époque à prendre seule ses décisions et à gérer sa vie par elle-même… Ce qu’elle fit ! Au delà de toute imagination puisqu’elle entreprit de se défaire de son salon littéraire parisien pour se consacrer à sa passion des voyages.

Deux ans après un premier itinéraire « touristique » sur le Nil, vers la Syrie et le Liban (en 1892) son goût pour l’aventure la poussa à rejoindre des destinations asiatiques bien plus lointaines telles que Ceylan, l’Inde, le Cachemire, le Pendjab, l’Himalaya et le Népal. Pionnière dans bien des régions traversées, elle rencontra nombre d’ethnies méconnues et développa, de fait, des qualités d’exploratrice et d’ethnologue, jusqu’alors inaccessibles à la gent féminine et se révélèrent sensiblement différentes des motivations coloniales et conquérantes de beaucoup de ses homologues masculins.

Au contact de ces peuplades du bout du monde, le raffinement de son éducation parisienne se transforma de lui-même en d’exceptionnelles qualités littéraires pour la narration de ses voyages et de sa vie d’aventurière. Le 4 avril 1896 (au lendemain de son 52ème anniversaire) elle donne une conférence à la Société Géographique de Lille pour partager ses « Souvenirs de Java » avant de repartir dans un périple de deux ans qui l’amènera vers la Cochinchine, le Cambodge, le Siam et la Birmanie avant d’atteindre le Mékong pour entrer au Laos en 1897.

Le Mékong, la "Mère des Eaux" du Laos, a toujours été la principale voie de communication et de commerce du pays, photo datant de 1890.
Le Mékong, la « Mère des Eaux » du Laos, a toujours été la principale voie de communication et de commerce du pays, photo datant de 1890.

En pirogue bien plus souvent que dans le confort d’un vapeur, à dos de cheval ou embarquée dans une simple charrette chinoise pour la traversée du Gobi, son voyage de retour traversa la Chine, la Corée, le Japon, le Baïkal et elle préféra la route de Samarcande à la voie ferrée Transsibérienne pour rentrer, par le Caucase et la Mongolie, à Moscou avant de rejoindre la France.

En 1906, Isabelle fut décorée de la Légion d’Honneur lors de la promotion des Explorateurs. Elle repartit encore, en 1908, pour assister à l’inauguration du Palais Français des Maharajas en Inde et parcourir d’autres chemins (non frayés de préférence) sur le vaste « Toit du Monde » qu’elle décrivit ainsi…

« Il est des pays qui nous hantent, nous fascinent, nous appellent. Et quand on les a une fois visités, on ne se résigne jamais sans serrement de cœur à ne plus les revoir. Leur attrait vient tantôt de la nature qui les a parés plus généreusement, tantôt des hommes qui les habitent. Les pays neufs n’ont point de secret, mais les vieilles terres d’histoire et de civilisation, où tant de générations ont senti, pensé, aimé, adoré, gardent je ne sais quoi de mystérieux et de profond qui nous enveloppe et nous captive. »

L’Exploratrice rentra définitivement en France en 1909 où elle s’éteignit en 1932. Elle est enterrée au cimetière de Suresnes et n’a laissées d’autres traces que ses livres (dont les éditions originales furent publiées sous le nom de Pierre MASSIEU !) puisqu’aucun Musée (ni même une page Wikipédia !) ne lui est encore consacré… à suivre, bientôt, sur Lao-Mag !

*pour mémoire, en France, les femmes ne sont admises à l’université que depuis 1880 et n’ont été autorisées à ouvrir un compte bancaire qu’en 1881 !

One thought on “Isabelle MASSIEU (1844-1932)

  • Heureusement, il y a la bonte le coeur, l’intelligence et l’esprit, des femmes. L’histoire le prouve frequemment, quel personnage magnifique !

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