L'équipe de Chang

Culture

Pour saisir toute la magie du film « Chang, un drame de la vie sauvage », il faut replacer l’oeuvre dans son contexte d’origine et faire un voyage dans le temps, il y a près d’un siècle…

1925, c’est l’année de la sortie de « La Ruée vers l’Or » (de Charlie Chaplin) et de l’adaptation cinématographique du roman de Conan Doyle « Le Monde Perdu » (de Harry O Hoyt). Le « Napoléon » d’Abel Gance est en tournage, il sera projeté pour la première fois à Paris (en 1927) – quelques jours seulement avant celle de « Chang, un drame de la vie sauvage » (à New York). Les américains Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack fourbissent leurs caractères d’aventuriers en réalisant « Grass », leur premier film avec les tribus Bakhtiyari en Perse (l’Iran d’aujourd’hui). Forts de cette première expérience – et peut-être attirés par la péninsule indochinoise décrite dans la première édition illustrée du « Livre de la Jungle » de Rudyard Kipling, parue, elle aussi, en 1925 – ils décident de leur expédition vers les confins de la forêt tropicale… au Royaume du Million d’Éléphants.

"La Ruée vers l'Or" et "Le Monde perdu" à l'affiche en 1925 et "Napoléon" sorti en 1927.« La Ruée vers l’Or » et « Le Monde perdu » à l’affiche en 1925 – « Napoléon » sorti en 1927.

Débarquant à Bangkok, les deux hommes traversèrent le Siam vers le Nord-Est du Royaume et s’enfoncèrent au cœur de la jungle, en canoë, pour y découvrir les habitants de l’une des contrées les plus sauvages de la planète…

Partis sans véritable scénario, « Chang » naquit de leur rencontre avec Kru, un paysan Lao, et les membres de sa famille : son épouse Chantui, leur fils Nah, leur fille Lahda et Bimbo, un gibbon orphelin recueilli. Le groupe vivait alors dans une maison sur pilotis particulièrement isolée dans la forêt (à quelque distance de Luang-Prabang) et devinrent les personnages du film.

Photographies du tournage de "Chang, un drame de la vie sauvage" dans la jungle Lao en 1925-26.
Photographies du tournage de « Chang, un drame de la vie sauvage » dans la jungle Lao en 1925-26 (cinemaluangprabang.com).

L’histoire du film est une fiction qui raconte comment Chang, un bébé éléphant trouvé par Kru dans la jungle, fut d’abord ramené auprès des hommes pour être domestiqué avant d’être sauvé par sa mère et un troupeau de 300 de ses congénères (les animaux semi-sauvages du Roi du Siam rassemblés pour l’occasion). Sa dimension sauvage a bien nécessité quelques aménagements de terrain mais le tournage fut réalisé sans aucun trucage et le film relate bel et bien le quotidien des villageois de cette tribu que les auteurs ont côtoyés pendant plus d’un an. Cooper et Schoedsack décrivirent leur expérience comme celle des « 3D » : Distance, Difficulté et Danger. On imagine assez bien ce qu’ils ont voulu dire quand on apprend que les fauves avaient fait plus de 400 victimes humaines dans les 5 années précédents leur arrivée et qu’ils furent, pendant leur propre séjour, les témoins de la perte du buffle et de la chèvre de Kru dans les attaques (bien réelles !) d’un tigre et d’une panthère…

Le résultat de la collaboration de Merian C. Cooper (militaire et aviateur) et Ernest B. Schoedsack (photographe et cameraman) tendrait à prouver qu’ils sont devenus les deux faces d’une même entité. Celle d’un extraordinaire « chasseur d’images » qui a su trouver l’exacte croisée des chemins entre un paradis perdu et l’enfer d’une jungle inhospitalière… « Chang, un drame de la vie sauvage » restera un chef d’œuvre unique en son genre et une preuve tangible et indéniable (oh combien précieuse aujourd’hui !) que ce monde là a bel et bien existé !

Lao-Mag tient à saluer Benjamin Schrameck pour son travail formidable auprès du Cinéma Luang Prabang et à le remercier pour son aimable autorisation à reproduire les illustrations du site cinemaluangprabang.com où vous trouverez aussi quelques vidéos extraites du film.

Les passionnés trouveront d’autres anecdotes étonnantes sur le tournage dans un dossier des enfants du cinéma, l’histoire de sa résurrection dans un article d’actualités de Lao-Mag et l’édition française du film en DVD en suivant ce lien…

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